Discours de Romain CARAYOL et Stéphane DHONTE lors du Congrès de la FNUJA de Mai 2010

Dimanche 6 Juin 2010

Discours de Candidature à la Présidence de Romain CARAYOL

Discours de Romain CARAYOL et Stéphane DHONTE lors du Congrès de la FNUJA de Mai 2010
Chers Amis,


Parlons de cette année que nous devrions donc passer ensemble.


A l’image de mes prédécesseurs, je ne vais pas vous livrer un programme, car le programme, vous l’avez fait. Ces motions, je les fais miennes. Elles seront ma source pour mener toute réflexion et toute action au nom des jeunes avocats.

Elles guideront nos pas, et nous permettront de poursuivre les chantiers qui nous tiennent à cœur.

Je vous remercie du soin que vous avez porté à la rédaction de ces motions pour nous permettre d’avancer, sans peur et sans reproche, sur la voie de l’ouverture.

Il n’y a rien de pire qu’une doctrine qui devient dogmatique au point de renfermer la théorie sur elle-même pour, au final, la pétrifier.

Je serai le gardien et le porteur de cette doctrine vivante, adaptable, modulable, en un mot, ouverte, sans jamais céder à l’essentiel de nos valeurs fondamentales. Etre exigeant, parfois intransigeant si nécessaire, sans devenir rigide.

Nous sommes le mouvement, le changement, notre devoir n’est pas seulement de l’anticiper mais aussi et surtout de le susciter.

Il n’y a rien de plus noble que de se confronter à l’inconnu, et donc peut-être à nos peurs, à nos angoisses, en posant nos interrogations et nos contradictions par une réflexion introspective sur notre place dans la société, dans l’œuvre créatrice de droit et de justice.

Sans vendre notre âme qui est au demeurant notre plus value, je ne refuserai jamais d’ouvrir le champ du possible à toute mesure dès lors qu’elle peut être une opportunité pour le jeune avocat. L’opportunité dont je vous parle n’est pas uniquement financière, car je l’entends aussi sous l’angle primordial de la mise en valeur de nos expertises, de nos métiers pour les corréler au réel et aux réseaux de la réussite à laquelle nous devons tous pouvoir accéder.

Un exemple, parmi d’autres, pour illustrer mon propos.

Voici des années qu’on nous bassine, et je pèse mes mots, avec cette belle citadelle, prétendument imprenable, du périmètre du droit, en l’accompagnant d’annonces de beaux combats, avec force littérature belliqueuse.

Pourtant, nous le savons tous, il suffit de lire les textes applicables, de « périmètre », il s’agit d’une « passoire » bonne pour servir de couvre-chef à ces combattants de l’apocalypse juridique.

Mais voilà quelques jours, la fièvre nous reprend sur la récente réussite du lobbying des experts-comptables sur le projet de loi relatif au réseau consulaire.

Ce texte, qui est en cours de discussion au Sénat, prévoit que les Experts Comptables pourront assister le chef d’entreprise dans toute démarche administrative, fiscale et sociale.

Ce texte est limité aux auto-entrepreneurs et plus généralement au régime des micro-entreprises. Il ne s’agit pas de l’assistance fiscale et sociale à l’entreprise mais bien au chef d’entreprise, et le terme « juridique » ne fait pas partie de cette disposition. Mais pour limitée que soit cette disposition, n’est-elle pas la brèche qui permettra demain à l’expert-comptable d’exercer le droit à titre principal ?

Bien sûr que nous ne pouvons pas l’accepter.


Bien sûr que cela agace, que c’est humain de sentir l’instinct de survie s’exprimer avec cette envie de casser de la règle comptable sur la tête du premier expert-comptable qui passe.

Mais, à y réfléchir, ne devrions nous pas nous poser la question de savoir quelle est notre part de responsabilité ?

Au lieu de nous opposer avec l’image d’une profession frileuse, arcboutée sur ses vieux principes, ne devrions-nous pas ouvrir les champs du possible dans notre exercice quotidien ?

De l’ouverture …appliquée au réel, aux marchés multiples, au besoin du citoyen de droit.

De l’ouverture sans faiblesse car nous avons la force de notre expertise certifiée et contrôlée.

Oui, l’ouverture, je crois que les jeunes avocats y auront tout à gagner.

Je le répète, nous sommes le changement.

Et le changement passe par l’adoption de nouveaux comportements. Faites l’amour, pas la guerre ! Que cesse la virilité primaire et binaire !

Nous devons prendre le pouvoir de l’imagination et poser les conditions de ce que nous désirons. Il ne s’agit plus seulement de reproduire les schémas de nos anciens [que nous aimons affectueusement].

Les barrières du savoir sont tombées. Tout est accessible d’un clic.

Les fuseaux horaires ont fusionnés. Le monde ne dort plus.

L’anglais se baragouine un peu partout, même si je connais une poche de résistance dans l’hémisphère droit de mon cerveau.

Le droit est partout. Pas les avocats !

Il nous faut avancer avec les nouvelles perspectives d’un quotidien entre réel et virtuel.

A nous de fixer les nouveaux repères de notre réalité. Mais allons-y franchement, avec l’exigence d’une déontologie qui doit nous porter à conquérir le monde.


Une fois posées ces belles idées généreuses, on en fait quoi ?

Personne n’a la vérité.

Je n’ai pas de réponse à vous imposer, j’ai seulement des envies d’ouverture…(vous l’aurez compris).

Un mode opératoire en somme que je m’efforcerai d’appliquer cette année, dans le respect et l’écoute de tous.


*


Cette année sera importante pour préparer les prochaines échéances politiques, celles de notre profession (renouvellement du Conseil National en décembre 2011) et celles de la France (élections présidentielles en mai 2012).

S’agissant du Conseil National, nous avons eu raison d’avoir poussé à l’intégration du Bâtonnier de PARIS et du Président de la Conférence des Bâtonniers. C’est une avancée majeure dans la gouvernance de notre profession.

Le CNB a pris de l’envergure politique même s’il y a encore quelques couacs, parfois, dans le triumvirat.

Il y a aussi du chemin à parcourir dans le fonctionnement de cette instance qui doit prendre encore davantage de place dans l’expression politique de notre profession.

Voici un an et demi que j’y siège. La voix des jeunes avocats y résonne. Nous sommes un groupe de 10 élus. Chaque élu a pris sa place dans les commissions de travail, avec une compétence et une efficacité exemplaire. Je veux ici saluer leur travail, les remercier pour leur dévouement au service de la profession et des jeunes avocats en particulier :

Agnès, Barbara, Estelle, Karine, Laurence, Lionel, Jean-François, Richard ET Jean-Christophe,

Il y a aussi des camarades sur le collège ordinal dont j’ai pu apprécier leur fidélité à la doctrine, certes, mais surtout leur fidélité en amitié. Je pense ici à Philippe NUGUE et à Loic DUSSEAU.

Applaudissements SVP

J’aime ces ondes positives qui donnent du baume au cœur.

Oui, du baume au cœur, n’est ce pas Barbie ?

Parce que le Conseil National a un mode de fonctionnement en Assemblée Générale qui laisse souvent penser à une chambre d’enregistrement après quelques débats.

Tout n’est évidemment pas à jeter.

Le Conseil National est perfectible, voilà tout ! Il doit, à mon sens, se rapprocher du Parlement des Avocats qu’il est dans sa genèse pour améliorer sa proximité avec les avocats.

Il n’est pas l’incarnation d’un Ordre national. Il ne doit pas devenir une tour de Babel au service des notables et autres professionnels des institutions.

J’ai acquis la conviction que le Conseil National a besoin d’aide pour ne pas sombrer dans le travers d’un « machin parisien » « loin des yeux, loin du cœur » ;

Les JEUNES AVOCATS qui y siègent sont parfois en colère de voir le résultat de leur travail galvaudé ou atrophié par quelques excès de prudence ou de tendances.

Ne perdons pas l’espoir qui nous porte comme le souffle de notre vie. Nous bousculerons les vieilles habitudes, les mécaniques rouillées et…les conclaves.

Aider le Conseil National pour qu’il prenne toute sa place de PARLEMENT DES AVOCATS. Cela doit être notre exigence et notre dynamique.

C’est avec cette conviction que je continuerai à servir les JEUNES AVOCATS en son sein.


*


S’agissant de la période de pré-campagne des présidentielles, c’est assez simple.

Il faudra compter avec nous !

Pour apolitique, ou multi politique, que soit notre association syndicale, nous ne cacherons pas nos ambitions pour la France, sa justice sociale, sa construction économique et juridique.

J’ai bien l’intention de faire inviter les JEUNES AVOCATS dans le débat citoyen avec tous les partis républicains de ce pays dans la construction de leurs programmes pour cette prochaine échéance de 2012.

J’y vois aussi l’occasion de nous interroger sur l’action syndicale dans la profession d’avocat, et la façon dont nous pouvons encore nourrir la volonté d’engagement en confrontant notre vision à celle de ces partis.

J’ai très envie de cette ouverture car j’y vois un véritable enrichissement intellectuel qui nous servira, qui servira nos adhérents.


*


Voilà, le moment est venu d’une dernière salve d’ondes positives ;


A l’UJA de BORDEAUX, un grand merci pour ce congrès très réussi, peut-être même trop réussi. Ça met la pression pour l’année prochaine, enfin, surtout à l’UJA d’AIX.

A mes associés, merci de votre soutien sans faille, je suis sensible à votre présence aujourd’hui. « à l’année prochaine ! »

A mon UJA, merci à toi aussi pour ton soutien fidèle. Tu es dans mon cœur, je sais que tu seras entre de bonnes mains et que je pourrai toujours compter sur toi.

A vous tous, quelques mots encore,



Oscar Wilde disait qu’ « il faut toujours viser la Lune, car, en cas d’échec, on tombe dans les étoiles ».

Je ne vous promets pas la Lune,

J’espère allumer des étoiles,

Je veux découvrir de nouvelles galaxies,

Avec vous, je le sais, nous pourrons changer de dimension.





Discours de Candidature à la Première Vice-Présidence de Stéphane DHONTE

Discours de Romain CARAYOL et Stéphane DHONTE lors du Congrès de la FNUJA de Mai 2010
Chers Amis,

En fait de discours, tout dépend du sujet.

La particularité de celui-ci à l'instant même où je le prononce, c'est que son auteur se doit de parler de lui-même. Il le doit, en un temps imparti et limité. Telle est la première des difficultés.

La seconde prend naissance dès l'instant où celui qui s'exprime vient de ce plat pays avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité.

Telle une banquise qui se jette à la mer, il me faut donc forcer ma nature et fendre l'armure.

Vous dire que la robe que nous partageons, je la dois pour ma part, à mon père, de qui je tiens naturellement un certain goût du secret, celui de la formule et l'irrésistible nécessité de ne bouder aucun des petits plaisirs que vous offre la vie.

J'ai appris de lui que le droit n'est pas une branche de l'esthétisme.

Il est fait pour être utilisé. Il nous appartient de lui donner toute sa force.

Vous faire l'aveu encore que je dois à un petit bout de femme mon entrée dans notre Fédération, le regard fixé résolument vers l'avenir, la coupe de cheveux et sa couleur variant au fils des humeurs, le sourire aux lèvres, l'énergie de celle à qui rien ne résiste, elle m'a appris la Fédé, et m'a toujours encouragé avec bienveillance, celle que j'ose appeler depuis quelques années ma jolie maman, Anne VOITURIEZ, ton petit fillot t'embrasse.

J'ai prêté serment le siècle dernier.

En douze années de vie professionnelle, installé dans la niche familiale, la DHONTE CORPORATION, j'ai été tour à tour, membre du Conseil de l'Ordre, administrateur de la CARPA, représentant de notre profession au jury de l'ENM, et surtout l'un des rédacteurs du guide judicieux.

Pendant tout ce temps, la Fédé ne m'a jamais quitté.

Sachez que ma candidature au poste de 1er Vice Président de notre Fédération n'a rien d'isolé, elle a été mûrie en famille.


Mes amis, vous m'avez tant donné, vous m'avez tant apporté que c'est à mon tour de vous rendre hommage comme on rend compte à une seconde famille.

Bien sûr, comme dans toutes familles, les premiers pas sont parfois difficiles.

Je n'ai pas échappé à la règle.

Je n'oublie pas que ma première motion sur l'aide juridictionnelle en suite du rapport BOUCHER, c'était à Marseille, a été jetée aux oubliettes, au cimetière non pas des éléphants mais des motions renvoyées éternellement en commission …

Je me souviens également que ma première non élection au Bureau de notre Fédération m'a permis d'apprendre que lorsqu'une seule voix vous manque, tout est dépeuplé…

Néanmoins, vous m'avez fait l'honneur de me confier la Présidence de la Commission sur l'Aide Juridictionnelle, et de vous représenter à la demande de Jean-Luc MEDINA à la Commission Nationale de l'aide juridictionnelle.

J'y ai acquis une conviction.

L'aide juridictionnelle n'est pas une spécialité du droit.

Je ne connais et ne reconnais que des avocats qui, au quotidien, pratiquent le droit de la famille, le droit des mineurs, le droit des étrangers, le droit pénal.

Je n'en connais aucun qui exerce le droit de l'AJ. L'avocat des pauvres ne doit pas être un pauvre avocat !

J'ai ensuite co-présidé la commission de collaboration de notre Fédération, j'y ai appris que le risque de la requalification était manifestement le seul rempart efficace à toutes les dérives, à toutes les exploitations.

Puis vous avez commis la folie de me confier pendant 3 ans la Commission pénale qu'il m'a été donné de superviser ensuite comme membre du bureau, pendant 2 années.

Vous m'avez gâté, les textes, les réformes, n’ont pas manqué, le travail non plus. Je suis fier de dire que dans ce domaine comme dans tous les autres, notre Fédé n'a jamais failli, elle n'a jamais cédé une once de terrain à une certaine culture de la soumission qui nous entoure.

Mieux encore, ensemble, aujourd'hui, nous sommes porteurs d'un projet pour la défense des libertés de nos concitoyens.

Il vous appartient de persévérer, de montrer notre force, notre cohésion. Vous pouvez compter sur moi. Je ne connais nulle autre instance où, comme ici, chacun, chaque UJA est appelé au rassemblement des idées, au débat de l'avenir.

Ainsi va la Fédé, cette vieille dame animée d'une insatiable soif de renouvellement, nourrie d'une doctrine ni intouchable, ni inviolable mais forgée au fil du temps et des générations.

Tenez-vous prêts. Ce sera bientôt votre tour et demandez-vous non pas ce que la Fédé peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour elle.

Puisque comme l'a dit non plus KENNEDY mais l'excellent Johnny HALLIDAY, "à la force d’y croire, on fait bien des grands feux en frottant des cailloux".

C'est en unissant toutes les UJA que l’on fait avancer notre Fédération.

C’est parce que nous sommes une Fédération que nous faisons progresser notre profession..

Tel est mon pari.

Même si certains pensent que notre profession ne nous attend pas, je puis vous dire ici qu'elle a besoin de nous.

Parmi toutes les UJA ici rassemblées, permettez-moi de saluer en particulier celle qui a bien voulu me porter à sa tête, il y a maintenant 10 ans déjà. L'UJA de LILLE. Mon UJA. Mes amis : Eric, Aymeric, Julien, Barbara, Marie-Christine, Anne-Sophie, et évidemment sa merveilleuse Présidente Mélanie CONDETTE.

Outre le bonheur du débat, l'UJA, la Fédé, nous permet d'investir la scène.

Tout en haut de l'affiche, dans nos Barreaux, nos congrès, à la Convention Nationale, des Jeunes Avocats, artistes d'un soir, deviennent tour à tour les messagers talentueux d'un combat syndical, d'une certaine vision de notre profession.

La Fédé c'est ça : à la fois l'air et la chanson !


Même si cela n'est pas nécessairement d'usage, il faut à mon sens et en toutes circonstances remercier celles et ceux qui se sont mis au service des autres, n'ont ménagé ni leur temps ni leur peine, je me permets de me retourner vers toi ma chère Camille, pour te dire les yeux dans les yeux que tu es et sera toujours pour moi la voix, la douceur de notre Fédération.

Ferme sur les principes, humble dans la fonction.

Je suis sûr que nous pourrons compter sur toi très bientôt.

Un dernier mot pour saluer celui qui attend presque patiemment que mon propos s'achève. Regardez le, les cheveux blonds, le regard bleu, le foulard autour du cou (ou comme ce soir la cravate en guise de foulard), il est venu le temps du - petit prince - de notre Fédération.

Mon cher Romain, avec toute l'amitié que je te porte et à la manière de ST EXUPERY, s'il te plait, "dessine-nous un avenir".


fin

Anne-Lise LEBRETON