Le Discours de Camille MAURY (NÎMES) élue 1ère Vice Présidente de la FNUJA



En décembre dernier, j’ai brusquement réalisé que cela faisait 15 ans que j’avais prêté serment.

Quelques minutes après, j’ai appris tout aussi brusquement que le gouvernement entendait déjudiciariser le divorce pour le confier aux notaires.

Anéantie, comme vous tous, je me suis demandé comment on avait pu en arriver là et qu’est-ce qui avait pu tant changer, en 15 ans.



Quand j’ai terminé mes études à Montpellier, j’avais opté pour un 3eme cycle en propriétés intellectuelles.

Je me disais que j’irais travailler dans un cabinet international, dans une grande capitale européenne. Je me voyais très bien en tailleur Channel, en train de négocier des gros brevets en anglais

C’était plutôt puéril je sais, mais c’était encore le temps où on pouvait prêter serment à 22 ans.

En fait de capitale, ce fut celle de la brandade - puisque je ne suis pas allée plus loin que Nîmes – et mes tailleurs Channel, je les ai achetés chez Zara, ce qui est déjà bien assez luxueux pour ma rétrocession.
De toutes façons j’aurais bien été incapable de négocier un contrat en anglais. A la limite en occitan.

Mais j’ai été très heureuse.
D’abord j’ai découvert un métier dont on n’apprenait rien à la faculté (je ne suis pas certaine que ça ait changé), à peine au centre de formation. Je ne critique pas le mien qui était convivial et familial : on y était 5 élèves.
On n’avait pas de problèmes de locaux, vu que les cours étaient dispensés au café du coin et on avait tous droit à une bourse, même si on ne l’avait pas demandé !
Mais quand même, deux mois de stage seulement en cabinet, c’était évidemment trop court pour prendre toute la mesure de cette profession

Ensuite, il faisait bon travailler à Nîmes quand on était jeune avocat.

Les plus perspicaces d’entre vous (j’entends par là ceux qui savent compter sur leurs 15 doigts) auront tout de suite compris qu’on était en 1992.
Aussi des vieux grincheux nous annonçaient la fin du monde parce que les avocats venaient de fusionner avec les conseils juridiques, personne n’était capable de nous expliquer ce qu’était cette toute nouvelle institution baptisée Conseil national des barreaux (« un truc de parisiens », nous répondait-on).
On plaidait encore une fois par semaine gratuitement devant le tribunal des pensions militaires, et les rétrocessions plafonnaient magnifiquement en dessous du SMIG.

Mais il y avait du travail à ne savoir qu’en faire pour les jeunes collaborateurs. Le titre d’avocat nous apportait quel que soit le milieu une considération qui était extrêmement confortable. Quand à l’obligation de dénoncer ses clients, elle n’existait que dans les cauchemars de certains vicieux.

J’ai aussi compris que, quel que soit le domaine d’intervention, qu’il s’agisse du pénal, du public, du droit des affaires, de la famille ou des propriétés intellectuelles, nous faisons tous le même métier.
Car ce que nous proposons à nos clients dans tous les domaines juridiques - autrement dit dans tous les domaines de la vie - ce qu’ils viennent chercher et que nous sommes les seuls à pouvoir leur offrir, c’est dans tous les cas la même chose : assistance, conseil et compétence.

Dans ce barreau très familial bien que de cour d’appel, on pouvait très vite s’investir dans des mandats collectifs. Je trouvais normal de donner du temps à mon Ordre, et j’ai donc passé plusieurs années au conseil d’administration de la CARPA.

Enfin j’ai eu la chance de m’associer très tôt, parce que mes maîtres de stage me faisaient confiance et qu’ils ne concevaient pas autrement l’issue d’une collaboration.

Et puis il y avait l’UJA.
Les mauvaises langues pourraient vous dire qu’à Nîmes, l’uja était au jeune avocat ce que la légion d’honneur est au vieil avocat : un truc qui sert à rien mais qui est indispensable.
On y adhérait en même temps qu’on s’inscrivait à l’URSSAF.
On ne se posait même pas la question du pourquoi : c’était une évidence.

Certes, on s’y prenait le bec sur des sujets absolument théoriques tels que la suppression de la postulation, et on excellait surtout dans l’art d’organiser les revues.
Mais n’en déplaisent à ces mauvaises langues, il y régnait une grande tradition d’accueil et de protection des plus jeunes, on savait se faire entendre de nos institutions, on s’y serrait les coudes et on avait l’ambition de construire notre profession.

Mon uja est venue me témoigner, aujourd’hui comme hier, cette même solidarité. Mes amis, mes complices de toujours, ça me fait chaud au cœur que vous soyez là.

J’ai assuré la présidence de l’uja le temps d’un mandat, avant de m’investir dans notre fédération.

L’uja de Nîmes et la FNUJA ont exactement le même âge.

Une histoire d’amour vieille de plus de 60 ans donc, mais une vraie, sincère et profonde, faite d’engagements, de disputes et de réconciliations, de passions toujours.
Pendant toutes ces années de vie commune, Nîmes a reçu trois congrès de la fnuja, dont le dernier l’an passé que nous avons eu le bonheur (et le stress) d’organiser.
Elle lui a donné deux vice-présidents, dont René Pourreau l’actuel président de l’ENADEP qui embarquera sur le bateau avec nous l’an prochain pour notre tour de Corse.

Elle lui a donné, surtout, son 6ème président, le bâtonnier Jean Goujon, qui était aussi mon beau-père et que j’aimais affectueusement.

Je me souviens de sa joie et sa fierté quand je lui ai annoncé que j’avais été élue à la délégation nationale. Il a témoigné la même émotion lorsque je lui ai appris qu’il allait avoir un petit-fils - que malheureusement il n’aura pas eu le temps de connaître.
Car il avait gardé pour notre fédération cette tendresse particulière, au moins égale à celle qu’il portait à son barreau.

Si vous discutez avec n’importe quelle personne qui s’est investie pour la FNUJA., immanquablement, à un moment de la conversion, elle vous dira que c’est sa deuxième famille.

C’est ainsi que je la vois moi aussi, et quand je regarde mon parcours, ce que je suis et ce j’y ai trouvé, je comprends qu’il n’aurait pas pu en être autrement :

J’aime son apolitisme, pendant nécessaire de sa vocation à rassembler et défendre les intérêts de tous les jeunes avocats, qui permet à toutes les différences, tous les talents de s’y exprimer librement.

J’aime sa jeunesse éternelle et sans cesse renouvelée, qui est le gage de son dynamisme et de sa capacité à se remettre en question.
Qui nous oblige aussi à la modestie, en nous rappelant lorsque approche l’âge fatidique, que si chacun est unique, personne n’est irremplaçable.

J’aime sa convivialité, qui fait d’elle un formidable lieu de rencontres et d’échanges.
Les méridionaux y sympathisent avec les chtis, les parisiens se réconcilient avec les provinciaux, et cette année, ce sont les lyonnais qui se sont dévoués pour nous offrir un magnifique congrès.

Quand on passe quatre années au bureau comme je viens de le faire – deux ans à la trésorerie, deux autres à la vice-présidence province, vient inévitablement le moment où l’on s’interroge sur son engagement et sa volonté de s’investir d’avantage dans des fonctions plus importantes.

Pendant longtemps j’ai hésité, me demandant ce que j’étais susceptible d’amener de mieux ou de plus que n’importe qui d’autre à mon syndicat.

Et puis j’ai compris que je ne me posais pas la bonne question - Car qui peut honnêtement prétendre amener plus ou mieux qu’un autre ? - et que la vraie question, ce n’est pas « qu’est-ce qu’on peut amener de mieux » mais : qu’est-ce qu’on veut amener de bien.
Et à ça, je savais quoi répondre : mon énergie, mon envie, mon ambition, et ma volonté d’œuvrer pour que notre Fédération occupe toujours la place essentielle qui est la sienne

Les quatre présidents avec qui j’ai eu la chance de travailler, qu’il s’agisse de Bruno Marguet, Alain Guidi, Loïc Dusseau ou Lionel, m’ont chacun à leur façon, encouragée dans cette entreprise.
Chaque fois que je vois l’un d’entre eux, je l’appelle « mon président préféré ». N’allez surtout pas leur répéter !

Mais le fait est qu’ils m’ont, chacun, apporté quelque chose d’inestimable :

Bruno, avec sa grande gentillesse, a été le premier à me faire confiance.
J’ai compris auprès d’Alain, dont les qualités humaines n’avaient d’égal que sa compétence, que seuls un travail acharné et un respect inconditionnel de l’autre permettent d’entreprendre de grandes choses.
J’ai admiré l’intelligence politique de Loïc et sa rigueur dans le travail.
Mais c’est bien sûr à toi, Lionel, mon président pour quelques heures encore, que je pense.
Toutes ces années que nous avons passées ensembles au bureau, tu m’as apporté ton soutien sans faille et ton amitié rassurante.
Et de ta présidence, je me souviendrais surtout de ton courage.
Car il en fallait pour réagir et se battre cette année.

Je me demandais tout à l’heure qu’est-ce qui avait pu tant changer en 15 ans ?
En fait tout a changé.
Tout sauf une chose peut-être, mais fondamentale : la mentalité collective de notre Profession.

Peut-être avons-nous pensé que nous étions à ce point indispensables qu’il en serait toujours ainsi. Quelle erreur.
Car pendant que le monde bougeait à toute vitesse, notre profession, elle, a fait du sur place, accrochée à ses acquis, et perdant son énergie dans certaines batailles d’arrière-garde.

En écrivant mon discours, j’avais dressé la liste de tout ce qui n’allait pas dans notre profession : le système de l’aj qui nous tire vers le bas, le CNB qui ne nous convient pas, l’Europe que nous ne parvenons pas à anticiper, les autres professions qui nous marchent dessus pour survivre, un gouvernement qui nous traite au pire par le mépris, aux mieux par l’indifférence, …
Bref, un catalogue de doléances, à moitié chemin entre un mea culpa et un j’accuse .
Je l’ai imprimé, je l’ai lu, je l’ai déchiré, je l’ai jeté. Ce qui ne va pas, je n’ai pas besoin de vous le dire, vous le vivez au quotidien comme moi.

Convenons que le temps n’est plus aux plaintes et aux regrets, mais à l’action.
Convenons aussi que ce qui nous arrive, c’est peut-être un mal pour un bien.
Car nous assistons à une formidable prise de conscience et remise en question de notre Profession.

Car aujourd’hui au pied du mur, parce qu’il n’est pas question de baisser les bras et de subir, nous n’avons d’autre solution que de réagir et nous adapter très vite, de tout remettre à plat pour faire des choix efficaces.

Toutes ces réformes que nous avons différées, par manque de volonté, par crainte du changement, ou simplement par individualisme, nous allons enfin les entreprendre.

Je ne dis pas que ce sera facile, je ne dis pas que c’est gagné d’avance, je ne dis pas qu’il ne faudra pas faire des sacrifices, mais quel beau défi pour notre profession !

Envisageons-le, non pas dans la frilosité, mais avec dynamisme et enthousiasme.

Plus que tout autre syndicat, le nôtre a toute sa place dans les discussions, les choix fondamentaux qui seront faits et les actions nécessaires qui vont être entreprises.
Je sais que nous y saurons pertinents et efficaces, tout en restant intransigeants sur nos principes essentiels. Nous en avons les moyens.

Nous n’oublierons pas que nous devons également rester vigilants et actifs sur tous les autres sujets qui nous occupent, à commencer par la défense des libertés fondamentales, bien mises à mal ces derniers temps.

Si vous êtes là, c’est que je n’ai pas besoin de vous convaincre de la nécessité d’unir nos forces et d’agir de façon solidaire.
Mais je pense à tous ces avocats qui ne croient pas ou plus en l’action collective.
Persuadons les qu’ils ne doivent pas vivre ce qui nous arrive comme un échec mais comme une formidable aventure, qu’ils ne doivent pas passer à coté de la chance qui s’offre à eux de décider de leur avenir, qu’ils doivent réinvestir leurs syndicats pour se faire entendre car ils sont les premiers concernés, et que c’est nous les jeunes avocats, qui sommes les forces vives de la Profession.

Olivier - Oh Capitaine, Mon capitaine,
Tu avais un projet fou mais génial pour notre prochain congrès. Tu en as fait une réalité, à la force de ta volonté, de ton acharnement, de ta pugnacité – chez nous, on appelle ça avoir la gnaque. Et ta réussite augure bien de celles que tu nous feras vivre cette année.

Moi aussi j’ai un projet.
Il est né pendant ce congrès, d’une idée magnifique de Richard, aussi je vous en livre la primeur : celui de vous amener au Sénégal.
Nous y serons reçue par son association des Jeunes avocats, qui est la plus ancienne de l’Afrique noire francophone.
Avec générosité, son président Moussa, a tout de suite accepté de s’investir dans ce projet.
Dans la droite ligne de l’action menée par la FNUJA en Afrique ces dernières années, nous y célébrerons les droits de l’homme et l’amitié entre les barreaux.

Aussi, je terminerai mon propos en vous citant un proverbe sénégalais : BOLO MOY DOLE

Dans le pays de la Terranga, celà signifie : l’Union fait la Force.
Mercredi 14 Mai 2008
Massimo BUCALOSSI

     

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