Monsieur Bruno MARGUET

Discours de Candidature à la Vice-Présidence de la FNUJA



Monsieur Bruno MARGUET
Cher(e)s Ami(e)s,

Il paraît que les avocats aiment parler d'eux.

Je ne verserai pas dans la fausse modestie ni dans l'excès de pudeur mais je vous avoue qu'il s'agit là d'un exercice particulièrement difficile.

Non pas que le sujet soit inintéressant, loin s'en faut, mais parce qu'en général il n'intéresse que peu de personnes, le plus souvent proches…

Il me revient, selon la tradition, de vous exposer en quelques mots (et non en quelques heures !) mon parcours et les motivations qui me permettront, je l'espère, de rallier, aujourd'hui, vos suffrages et d'être élu à la Première-Vice Présidence de notre Fédération.




* * *


Avant de commencer cet exercice, je souhaite saluer M. Dreyfus, Bâtonnier du Barreau de Grenoble et remercier l'UJA de Grenoble organisatrice de ce congrès 2003 qui fait suite à celui organisé par la même UJA en 1964 sous la Présidence d'André Bruguière.

Je sais que l'organisation d'un tel événement est mobilisateur d'énergie et entraîne des risques financiers importants.

La réussite des congrès, de celui de Grenoble en particulier, et des comités décentralisés est la meilleure récompense pour nos organisateurs.

Ils sont aujourd'hui comblés.

Je souhaite aussi saluer chaleureusement celui qui a su, à la tête de notre Fédération pendant cette année, tenir le cap, gérer les difficultés de notre association, notamment lors de la constitution de la liste pour les élections au Conseil National des Barreaux, intervenir également auprès de la Chancellerie pour porter le message des jeunes avocats, enfin développer nos partenariats et assurer à notre Fédération une assise financière qu'il conviendra de pérenniser afin qu'elle puisse enfin se structurer et être encore plus efficace et réactive.

Mon cher David, j'ai beaucoup appris à tes côtés et je sais que nous aurons l'occasion de nous retrouver pour poursuivre, une fois encore, les combats qui nous animent depuis déjà de très nombreuses années.

Je ne veux pas être trop long car vous attendez, sans aucun doute, le discours de celui qui, dans quelques heures, conduira notre Fédération.

Mon Cher Jean-Luc nous nous connaissions peu, il y a encore un an.

Nous avons fait équipe côte à côte pendant cette année ;

Je sais que nous travaillerons bien ensemble l'année prochaine.

Tu as instauré une tradition qui veut que le candidat Président soit issu de la Ville où s'organise le congrès ; j'espère que les prochains votes ne mettront pas un coup d'arrêt à cette tradition naissante.

Je souhaite enfin saluer les personnes côtoyées pendant cette année de Bureau si sympathique et apaisée : Valentine, Philippe, Jean-Michel, Bruno et Alain.




* * *


Je suis issu d'un milieu étranger au monde Juridique et judiciaire et ai débuté mon activité syndicale des mon entrée dans cette profession.

Né en octobre 1964 à Courbevoie, j'ai vu grandir les tours de La Défense.

A peine adolescent, j'ai suivi mes parents, décidés à goûter aux plaisirs de la banlieue ;

Installés à Taverny, que nos amis Val d'Oisiens connaissent, j'y ai suivi mes études au collège puis au lycée.

Un bac B en poche, j'ai poursuivi des études de droit et en parallèle des études d'anglais, achevées par une licence, l'année de l'obtention de ma maîtrise en droit et de mon examen d'entrée à l'Ecole de Formation de Paris.

Je tiens sans doute de cette expérience, le goût du cumul des tâches.

Le lendemain des résultats de l'examen d'entrée à l'EFB, j'ai effectué mon service militaire soulagé et résolu à "buller" le plus possible, ce qui d'ailleurs ne s'est pas du tout révélé incompatible avec mon nouveau statut de troufion.

Dès mon retour, j'entrepris un DEA de droit privé, puis l'année suivante l'école de Formation du Barreau de Paris.

J'ai gardé de cette année l'impression, confirmée par la mise en plaçe de la réforme actuellement en discussion devant le Parlement, que la formation dispensée n'était pas assez pratique, que les cours magistraux devaient être supprimés mais également que les centres régionaux de formation sont indispensables à la formation des élèves si cette formation correspond aux besoins effectifs de notre profession.

En guise d'activité complémentaire à ces études, et pendant l'année d'EFB, j'ai décidé avec trois autres camarades de promotion, de créer l'Association des Elèves Avocats qui a notamment organisé une grande soirée réunissant les élèves avocats et les jeunes avocats.

Cette association a perduré et étendu son champ de compétence à d'autres activités. Elle est devenue, depuis, un interlocuteur incontournable de l'école et un vivier pour l'UJA.

Car, conscients que ces nouveaux avocats partageaient leur fibre associative, les membres du bureau de l'UJA de Paris m'ont alors proposé de rejoindre leurs rangs et de travailler à leurs côtés ; ils s'appelaient Antoine Fourment, Francis Teitgen, Edouard de LAMAZE, Alain MENARD ; ils ont depuis fait un petit bout de chemin…

J' ai donc adhéré à l'UJA dès ma prestation de serment en janvier 1991, et n'ai pas cessé, depuis, de militer tant à Paris qu'au niveau national puisque j'ai toujours été présent à l' UJA de Paris et à la Fédération.

Je n'envisageais certainement pas en 1991 de succéder, si vous le voulez, à Didier, Marc, Jean-Pierre, Anne, Edouard, Eric, Pierre, Anne, Jérôme, Xavier-Jean, Jacques-Philippe, David et bientôt Jean-Luc.

En 1993, malgré mon peu d'expérience et une ancienneté relative, je postulais néanmoins aux fonctions de trésorier de la Fédération, poste ô combien convoité.

J'ai eu le plaisir de siéger alors aux côtés d'Anne VOITURIEZ.

Cette expérience particulièrement riche, m'a permis également de constater que les relations Paris/Province et vice et versa pouvaient parfois être légèrement tumultueuses. J'ai pu néanmoins constater que ce que je croyais être un tumulte n'était en fait qu'une étape.

L'histoire me démontra que ces relations pouvaient être encore plus passionnelles.

Suite à la pression amicale de mes ami(e)s Marie-Aimé, Julie Couturier, Olivier Guilbaud Philip Cohen, Christophe Thévenet, Olivier Bureth, Elodie Mulon, j'ai eu l'honneur d'entrer au Bureau de l'Union des Jeunes Avocats comme Trésorier puis Secrétaire Général, puis Premier-Vice Président, et enfin Président en Juin 2001.

Une année magnifique à mes yeux, riche d'expérience et d'amitiés confirmées, d'une Revue inoubliable et de nuits de sommeil raccourcies.

Paul-Albert IWEINS était alors Dauphin et s'apprêtait à succéder à Francis TEITGEN.

Comme le veut la tradition de l'UJA de Paris et de la Fédération, le Président sortant conduit la liste pour les élections au Conseil National des Barreaux et il me revint cet honneur au mois de novembre dernier.

La liste de l'UJA de Paris est arrivée largement en tête des suffrages dans le collège général parisien.

Je siège pour mon premier mandat, depuis le mois de janvier 2003, dans la Commission Formation du Conseil National des Barreaux, institution dont on m'avait dit qu'elle fonctionnait mal et dont je peux constater, après 5 mois de mandat, qu'elle fonctionne.

Je ne sais pas encore si elle fonctionne bien ou mal, mais elle semble fonctionner beaucoup mieux, paraît-il, que par le passé.

Je siège aux côtés de nos autres élus FNUJA et UJA de Paris et chacun s'investit au sein des commissions de travail et/ou au sein du Bureau, pour Anne et Jacques, pour défendre nos couleurs et nos valeurs, sans oublier les autres élus sous la casaque ordinale : Didier Dalin, Philip Cohen…

Depuis l'année dernière, j'ai également été nommé administrateur de l'ANAAFA, expérience également très enrichissante.

Cet organisme dispose d'une foultitudes de statistiques et de connaissances précieuses pour l'étude macro et micro économique de notre profession.

Cette institution peut nous apporter une aide significative pour l'installation ou l'association des jeunes avocats afin de déterminer notamment le choix de la structure la plus adaptée au projet envisagé par le collaborateur.

J'ai succédé dans cette fonction à Marie-Aimée PEYRON, puisque la nouvelle forme juridique de sa structure ne lui permettait plus d'être adhérente de cet organisme technique.

12 ans de vie commune syndicale, Marie aimée.

Ton élection au Conseil de l'Ordre de Paris pendant ma Présidence reste aussi un merveilleux souvenir.

J'aurai aimé, et nous sommes un certain nombre à l'avoir aussi souhaité, que tu brigues la Présidence de notre Fédération mais tes impératifs professionnels en ont décidé autrement.

Quel dommage !

Mais tu auras, je l'espère, l'envie et l'occasion dans les prochaines années de briguer de hautes fonctions.



* * *



J'essaye aussi, comme tous ceux et toutes celles qui consacrent du temps à la profession, de "faire tourner" un cabinet.

Après cinq années et demi passées en collaboration libérale dans deux cabinets, j'ai été dans un premier temps " hébergé " par un cabinet, ce qui m'a permis de mieux supporter le passage toujours difficile de la collaboration à l'installation.

J'ai retrouvé, dans ces locaux, un ami de fac avec lequel j'ai créé, au début de l'année 2000, une société civile de moyens au sein de laquelle 5 associés cohabitent.

Nous travaillons actuellement à notre prochaine étape, soit la création d'une vraie structure d'exercice, chantier difficile et ô combien périlleux.




* * *


Voilà mon parcours syndical et professionnel qui vous permettra, peut-être, de mieux me connaître.
Nous nous connaissons déjà ;
J'avoue connaître mieux certains et certaines d'entre vous, côtoyés au fil des comités nationaux et des congrès.

Ceux qui m'ont fréquenté depuis un certain nombre d'années connaissent mon profond attachement à la Fédération.

J'ai été à ses côtés lors de crises aiguës, lorsque certains membres de mon UJA avait imaginé quitter la Fédération.

Ces crises sont passées depuis déjà quelques années grâce au travail des uns et des autres, et à la personnalité de nos anciens Présidents parisiens et provinciaux.

Je sais que Jean-Luc est dans le même courant que David sur ce sujet et je m'inscris aussi dans cette lignée.

Dans le respect des différences et des spécificités de chacun, la Fédération se doit de ne pas perdre son temps à régler des problèmes de susceptibilité personnelle.

Elle se doit d'avancer unie pour accomplir son objet social, la mission que les jeunes avocats nous ont confiée : les défendre, se battre, réfléchir, proposer, influer, informer, être prospectifs et imaginatifs…

La tâche est énorme et l'énergie à consacrer colossale.

Ne la gaspillons pas, et je ne la gaspillerai pas, pour gérer des querelles de chapelle d'un autre temps.

Nous avons tant de dossiers à traiter…..

L'économie se structure et entraîne des regroupements.

Notre profession n'échappera pas à ce mouvement.

Le CNB acquiert, et c'est une bonne chose, une place de plus en plus importante dans les débats, les centres de formation professionnelle vont fusionner, nos UJA créent des URJA ; il nous faut être solidaires, unis et forts pour avancer encore plus vite.

Certes, les débats doivent avoir lieu et chacun doit pouvoir s'exprimer, mais ces débats doivent se traduire dans des actions concrètes, définies par des votes majoritaires.

Depuis 10 ans, notre profession a enregistré des bouleversements considérables : sa population a été multipliée par 2, la moitié a moins de 40 ans, le marché du droit a augmenté, notre profession a intégré les notions de concurrence et de conquête de nouveaux marchés, la justice est au premier plan, la sécurité est la première préoccupation des électeurs, nous sommes sous les feux de la rampe….

Nous sommes la génération qui va participer à ces changements inéluctables et subir ou au contraire profiter de ces changements.

Ceux-ci ont tout d'abord eu des répercussions sur la collaboration libérale, dont le statut est actuellement en discussion au Conseil National des Barreaux, parce que des contrats de collaboration libérale ont été re-qualifiés en contrats de travail

Et surtout parce que les critères dégagés par la jurisprudence pour opérer ces requalifications sont si larges que la majorité des contrats de collaboration libérale peuvent demain être re-qualifiés et entraîner la fermeture d'un certain nombre de cabinets.

Certes, ceci est préoccupant mais n'oublions pas que les avantages sociaux liés au statut du collaborateur libéral imposent la possibilité pour le collaborateur de développer une clientèle personnelle, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Nous devons être particulièrement vigilants, attentifs et constructifs sur ce sujet ;

Rappelons aussi que le respect des contrats de collaboration libérale et le développement de la clientèle personnelle ont permis à des centaines de cabinets de se créer et de se développer.

La défense des collaborateurs est l'une de nos principales raison d'être, et nous avons en la matière une obligation de résultat vis à vis des jeunes avocats.

Il faut aussi penser à l'avenir de ces collaborateurs et collaboratrices, à la structuration de la profession, participer activement aux débats sur l'aide juridictionnelle dont certains aspects risquent d'engendrer des conséquences très importantes pour notre profession, notamment au regard d'une éventuelle tarification de nos prestations.

Nous avons envisagé la mise en place d'une assurance protection juridique ;

Méfions-nous que cette idée intelligente et prospective ne se retourne pas contre nous et ne nous entraîne pas vers une tarification de nos honoraires que nous aurions pu éviter pour l'AJ mais qui nous serait ensuite imposée par les compagnies d'assurance.

Je n'ai, je vous l'avoue, aucune confiance en la possibilité pour les pouvoirs publics d'imposer quoi que ce soit aux compagnies d'assurance.

Nous devrions peut-être aussi réfléchir sur les possibilités pour les particuliers de souscrire des crédits à taux zéro afin de financer le montant réel de nos honoraires.

Enfin, nous sommes tenus d'examiner, en défenseur des valeurs fondamentales de notre Profession, de gardien des libertés et en techniciens que nous sommes, les réformes en matière pénale proposées et parfois malheureusement imposées par l'actuel gouvernement.

Le légitime combat contre l'insécurité et l'augmentation des pouvoirs de l'accusation doivent entraîner corrélativement une augmentation des droits de la défense.

Nous devons également restés attentifs au respect des droits de l'homme et critiques face aux coups portés aux libertés individuelles.

A cet effet, le développement de nos contacts avec les jeunes avocats d'autres pays, notamment européens, me semble inéluctable ;

Les expériences de nos homologues étrangers nous seront précieuses, notamment sur des sujets comme le "plaider coupable", "les remises de peine aux repentis", l'intégration des juristes d'entreprise dans la profession d'avocat, et surtout la transposition en France de la Directive Européenne relative au blanchiment de capitaux, qui menace notre indépendance et notre secret professionnel.



* * *



Vous l'aurez compris : il ne s'agit pas d'un programme mais de réflexions qui vous permettront peut-être de compléter ce portrait.

Sachez que le plus beau bonheur de ma vie personnelle, est à venir dans quelques semaines, car je vais être papa et ce n'est pas la moindre des fonctions que j'aurai à cumuler.

Sachez aussi que j'aime la fédération. Elle est pour moi une source de convivialité, d'échanges, de débats, d'inspiration, de désintéressement.

Depuis bientôt 60 Congrès, des jeunes avocats de la métropole et des Départements d'outre mer se rassemblent, travaillent, débattent, s'affrontent parfois mais se retrouvent toujours pour faire la fête ensemble.

C'est cette fédération là qui m'attire.

Je me mets aujourd'hui, comme hier, à son service et au service de son Président si toutefois vous me faîtes l'honneur et j'ose dire l'amitié de m'apporter vos suffrages.

Ce sera cette année le plus beau bonheur de ma vie syndicale.
Lundi 1 Septembre 2003
Aznar