FNUJA

Discours de Catheline Modat - Séance solennelle d'ouverture du 78ème Congrès de la FNUJA à Marseille

Vendredi 11 Juin 2021

Monsieur Grégory DOUCET, Maire de Lyon,
Mesdames, Messieurs les Présidents de juridictions lyonnaises,
Monsieur Jérôme GAVAUDAN, Président du Conseil National des Barreaux,
Madame Hélène FONTAINE, Présidente de la Conférence des Bâtonniers,
Madame Emillie CHANDLER, représentant Monsieur le Bâtonnier de Paris,
Madame Marie-Aimée PEYRON, Vice-Président du Conseil national des barreaux,
Madame Nathalie ATTIAS, membre du Bureau du Conseil National des Barreaux,
Madame Alexandra BOISRAME, membre du Bureau du Conseil National des Barreaux,
Monsieur Gilles BOXO, membre du Bureau du Conseil National des Barreaux,
Monsieur Serge DEYGAS Bâtonnier de Lyon,
Madame Estellia ARAES, Présidente du SAF, qui nous fait l’honneur de porter les couleurs de la FNUJA
Monsieur le Bâtonnier Farid HAMEL, représentant l’ABF
Monsieur Cyril JOUVE, Président de l’Association des Jeunes Magistrats, Cher Cyril, nous avons enfin réussi à organiser ce rendez-vous sur l’audience
Monsieur Achile VIANO, Président de l’UJA de Lyon
 
Mesdames, Messieurs les Batonniers et Batonnier élu,
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil de l’Ordre,
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil National des Barreaux,
Mesdames, Messieurs les Présidents d’UJA,
Mesdames, Messieurs les Présidents d’organisations syndicales,
 
Mes Chers Confrères, Chers amis,
 
 
C’est avec une émotion non feinte que je prends la parole devant vous, tous réunis dans le même lieu. Cela fait tellement longtemps que nous ne nous sommes pas vus et la perspective de nos travaux me ravit. Je sais que la période est dense, l’actualité pressante, pour autant, vous êtes là, et j’en suis, au nom de la FNUJA, particulièrement touchée.
 
Bien sûr, je ne peux que regretter l’absence de notre Garde des Sceaux en raison d’un agenda très chargé. Il m’a prié d’adresser aux congressistes ses vœux de plein succès. C’est malheureusement la seconde année que le locataire de la place Vendôme ne peut nous honorer de sa présence. Pour éviter qu’un usage ne se crée à la Chancellerie, je me permets de rappeler simplement que notre Congrès annuel se déroule « normalement » sur le pont de l’ascension et que l’ouverture solennelle à lieu le jeudi. Le « save the date » est lancé. Je ne doute pas que mon successeur ne prendra pas ombrage de cette « pré-invitation ».
 
Il est simplement dommage que la chancellerie ne soit pas présente au premier évènement qui rassemble les principaux représentants de notre profession alors que ses projets nous ont particulièrement occupés cette année et que cela est loin d’être fini.
 
En revanche, Monsieur le Président du Conseil National des Barreaux, Cher Jérôme, je vous remercie de votre présence ce matin devant les Jeunes avocats. Vous connaissez l’attachement des jeunes avocats à l’institution que vous présidez. Vous avez maintenu votre présence parmi nous, malgré les bouleversements de votre agenda cette semaine. Sachez que j’y suis particulièrement sensible.
 
 
  1. Lyon
 
Je suis très heureuse d’être ici, à Lyon.
 
Lyon, ville forte de symboles, capitale des Gaules, colline des lumières, capitale de la soie, haut lieu de la gastronomie, fief de Guignol, ville de ballons, qu’il soit rond ou ovale. Ville à la croisée des chemins, site d’échanges depuis l’Antiquité et de manifestations, ville foisonnante, Lyon se prêtait naturellement à l’accueil d’un Congrès de la FNUJA.
 
Le lieu même dans lequel nous sommes aujourd’hui est chargé de symboles puisqu’au moment de sa construction au milieu du XIXème siècle, le Palais de la Bourse était destiné à réunir la Chambre de Commerce, le Tribunal de Commerce, le Conseil de Prud’hommes, la Compagnie des Agents de Change, celles des Courtiers en soie et en Marchandises, un Musée d’Art et d’Industrie et des magasins. Concrètement, un lieu de justice et d’échanges.
 
Clin d’œil cocasse du destin, c’est à Lyon que je plaidais pour la première fois. Ce départ en TGV après une mauvaise nuit de peur de ne pas se réveiller pour être à l’heure à l’audience de 9h devant le Conseil de prud’hommes. Ainsi, n’était-il pas naturel que nous parlions de l’audience ce matin ? J’en profite pour remercier les intervenants et les débats de grande qualité.
 
L’audience était aussi le thème de ma toute première intervention en qualité de Présidente de la FNUJA puisque dès le lendemain du Congrès de Marseille j’étais entendue par le Groupe de travail du CNB « Avenir de l’audience et de la plaidoirie » pour porter la vision des Jeunes avocats. Cela avait été notamment l’occasion de relayer nos alertes sur la visio-audience mais aussi de rappeler la nécessaire réflexion en commun entre les différents acteurs de l’audience : magistrats, greffiers, avocats.
 
La boucle est bouclée. Il est temps de s’ouvrir vers autre chose.
 
 
  1. Ouverture
 
L’ouverture justement.
 
Mercredi, une étape supplémentaire était franchie dans le déconfinement. Ce déconfinement nous a permis d’organiser ce congrès (presque) normal. Ouverture plus grande, plus longtemps. L’ouverture que l’on n’attendait plus. Au-delà de la reprise de la vie économique dans notre pays, l’ouverture est aussi et avant tout un message politique fort, dans une période où, pour des raisons galvaudées et pernicieuses, certains mal intentionnés tentent de nous monter les uns contre les autres.
 
A l’image de cette assemblée, qui réunit avocats de tous horizons, magistrats, politiques, nous ne devons pas rester seuls, isolés, confis dans nos certitudes, sans aucun regard vers l’extérieur. Si nous devons tirer un enseignement de cette année particulière qui vient de s’écouler, c’est assurément que nous ne devons pas restés confinés.
 
Alors ouvrons nous vers les autres !
 
 
Ouvrons-nous vers les autres acteurs du monde judiciaire et travaillons ensemble pour construire la justice de demain.
 
L’institution judiciaire ne sera que plus forte si nous parvenons à travailler ensemble.
 
Aujourd’hui encore dans le cadre de nos travaux, nous l’affirmons haut et fort : nous construirons ensemble (avocats, magistrats, greffiers et pouvoirs publics) la justice de demain, dans l’intérêt des justiciables.
 
Les attaques contre l’institution judiciaire doivent être unanimement condamnées.
 
Lors de son Assemblée Générale du 4 juin dernier, le Conseil National des Barreaux condamnait les tentatives de certains pour faire porter sur l’institution judiciaire les violences constatées au sein de la société française.
 
La semaine dernière, le Président de la République annonçait des États Généraux de la Justice. Espérons que ces États Généraux ne soient pas un outil de campagne présidentielle mais un réel lieu de débats et d’échanges accouchant de propositions concrètes en faveur des acteurs de la justice et des justiciables. Je ne peux également qu’appeler de mes vœux que la justice civile ne soit pas, une fois de plus, mise de côté.
 
Mais, ne laissons pas le comportement de certains, agissant de manière isolée, fragiliser ce mouvement commun. Sachons, tous au sein de nos professions, porter un regard critique sur celui qui outrepasse ses prérogatives ou méconnait ses règles déontologiques. Nous devons exiger de nos propres pairs le respect de nos règles afin de nourrir le respect mutuel qui nous anime.
 
 
Ouvrons-nous vers les acteurs économiques.
 
Notre pays traverse une crise sanitaire et économique inédite. Les avocats sont à l’écoute de leurs clients, ils savent répondre à leurs besoins. Nous sommes les partenaires naturels des entreprises et savons les accompagner dans la création, le développement, la transformation de leur activité.
 
Comprendre l’entreprise n’est pas l’apanage de certains. C’est l’affaire de tous. Les Jeunes avocats montrent depuis des années qu’ils savent apporter des réponses aux besoins des entreprises.
 
La profession doit poursuivre ses actions pour renforcer la place de l’avocat de plein exercice auprès des entreprises pour continuer à répondre à leurs besoins de droit, de sécurité juridique et de confidentialité.
 
A ce titre, je me dois de saluer le travail incroyable accompli par Thomas Charat pendant ses trois années à la tête de la Commission Droit et Entreprise du CNB, et dont la reconnaissance est tant méritée.
 
Marion Couffignal a pris sa suite et a déjà su, quelques mois seulement après le début de la mandature, imposer la vision entrepreneuriale des Jeunes avocats.
 
 
Ouvrons-nous vers les plus jeunes. Ne leur fermons pas la porte. Soyons à leur écoute.
 
Eux-aussi traversent une crise grave. Touchés de plein fouet par la précarité avec l’arrêt brutal de l’activité économique, et par l’isolement seuls, derrière leur écran d’ordinateurs, il est de notre responsabilité de leur tendre la main.
Ils représentent notre futur : futurs confrères, futurs clients, futurs acteurs économiques.
Saluons l’initiative du Tribunal Judiciaire, du Barreau de Lyon et des universités lyonnaises qui, ensemble, ont mis en place un parrainage des étudiants.
 
Comme à leur habitude, nos UJA ne sont pas faire sans rien faire face à ces situations et ont su se rapprocher également des universités et organisations étudiantes pour mettre sur pied de nombreuses actions de soutien.
Sensible à leur situation, la FNUJA a également souhaité agir en organisant une action caritative lors de son Congrès : ainsi, est organisée une grande tombola dont l’intégralité des bénéfices seront reversés au Collectif Solidarité Etudiante de Lyon qui vient en aide aux étudiants. Je ne doute pas que vous saurez prendre part à cet élan de solidarité.
 
 
Ouvrons-nous vers l’étranger…
 
Où encore de trop nombreux confrères ne peuvent pas exercer librement leur activité. Nous n’avons eu de cesse de dénoncer depuis de nombreux mois les atteintes inacceptables aux libertés dont nos confrères sont victimes.
 
Cette année a été endeuillée par la disparition de Ebru Timtik.
 
Nasrin Sotoudeh, symbole bien malgré elle de la recrudescence des violences perpétrées à l’encontre des avocats est toujours détenue malgré la mobilisation internationale pour sa libération. Si chaque autorisation de sortie temporaire est accueillie avec soulagement, nous ne pouvons nous en contenter. Nous devons rester mobiliser jusqu’à sa libération définitive.
 
Encore la semaine dernière, la profession apportait son soutien au Barreau de Beyrouth et à notre confrère Rami Alleik.
 
Si je ne peux pas citer le nom de nos confrères – bien trop nombreux - actuellement menacés ou victimes de mesures arbitraires, je vous demande, pour autant, en signe de la poursuite de notre mobilisation, de bien vouloir respecter une minute de silence.
 
****
 
Je tiens à remercier la mobilisation de la Commission internationale de la FNUJA et de sa Présidente Audrey Toutain. Je remercie également celui qui poursuit ses combats, au-delà de son mandat CNB, pour la défense des confrères menacés. Merci Richard Sedillot.
 
 
  1. Défendre la profession
 
Cette ouverture vers les autres ne doit pas pour autant se faire au sacrifice de nos valeurs et de notre déontologie.
 
Cette année encore, nous avons dû défendre notre profession contre les atteintes qui lui étaient portées.
 
Ainsi, nous ne ferons jamais aucun compromis sur notre secret professionnel. Au congrès de Marseille en juillet 2020, nous dénoncions l’intensification depuis plusieurs années des atteintes graves et répétées portées au secret professionnel de l’avocat.
 
Défenseuse d’un secret professionnel ayant un caractère d’ordre public afin qu’il soit général, absolu, et illimité dans le temps, la FNUJA réaffirmait sa ferme opposition au legal privilege et à la possibilité d’accorder aux juristes d’entreprise une confidentialité de leurs avis, sorte de secret au rabais dont on nous expliquait qu’il serait le seul moyen de faire face aux difficultés rencontrées par les entreprises françaises et protéger leurs intérêts.
 
C’est alors que, ressorti d’un placard poussiéreux, l’avocat salarié en entreprise refaisait apparition dans un avant-projet de texte au début du mois de janvier. Je ne reviendrai pas sur cet article inique de l’avant-projet qui proposait la création d’une chose hybride entre juriste et avocat, sans pour autant n’être ni l’un ni l’autre.
 
Pour tenter de tempérer les réactions de la profession – et peut-être aussi de faire « avaler la pilule » - la chancellerie annonçait qu’il ne s’agissait que d’une expérimentation.
 
Mais nous n’étions pas dupes… Dès le 16 janvier 2021, la FNUJA exigeait le retrait du texte qui portait atteinte à notre secret professionnel et dénonçait la méthode du gouvernement qui consistait à présenter sans cesse des projets déjà maintes fois refusés par la profession.
 
Finalement, face au rejet de la profession, la chancellerie a fait marche arrière. Mais restons sur nos gardes… Il semblerait que certains s’intéressent encore à cette créature.
 
Aux avocats d’apporter d’autres réponses aux besoins des entreprises. La profession s’est déjà mise en ordre de marche, en proposant des solutions concrètes pour protéger les intérêts économiques et stratégiques des entreprises, qui ne portent pas atteinte au secret professionnel de l’avocat. Les jeunes avocats apporteront leur contribution.
 
Défendre la profession, c’est également réfléchir à l’avenir de la profession et comment améliorer les conditions d’exercice de nos confrères et les adapter aux évolutions de notre métier.
 
Auditionnés par Messieurs Scotté et Lavenir, de l’Inspection Générale des Finances, nous avons porté la voix des Jeunes avocats exposant notre position sur le financement des cabinets par des capitaux extérieurs, la pluralité d’exercice, les développements interprofessionnels, mais aussi sur les questions de protection sociale.
 
A ce titre, conscients de l’importance pour la profession de mener ses propres réflexions sur la protection sociale, au sortir des grèves contre la réforme des retraites et du Covid, la FNUJA demandait la création d’une commission protection sociale au sein du CNB. Cette commission, même si elle est pour l’instant ad hoc, a vu le jour sous l’impulsion des Jeunes avocats. Nous attendons désormais qu’elle soit pérennisée, pourquoi pas dans le cadre de la refonte du règlement intérieur du CNB.
 
Nous avons également fait part au ministère de l’économie de nos propositions sur la transformation numérique de notre profession et avons pu porter la voix des Jeunes avocats devant la Commission des lois du Sénat sur l’avenir de la profession.
 
 
  1. Une année militante

 

Dans le cadre de mon discours de candidature à la Présidence de la FNUJA, je présageais une année militante, rythmée et jalonnée de beaux « combats ». Nous n’avons pas été déçus…
 
A l’automne, nous nous sommes tenus vent debout contre les excès de la Loi de sécurité globale, en partie censurée par le Conseil constitutionnel, nous avons combattu les dérives de l’état d’urgence et le projet de recours systématique à la visio-audience, refusant à la défense d’assister à son procès. Quelques semaines plus tard, nous dénoncions le recours abusif à la video-surveillance ou encore l’interdiction faite à nos clients de se rendre dans nos cabinets après 18h.
 
A l’automne, surtout, nous nous mobilisions pour mener la campagne CNB. Privés de Convention Nationale, de notre campagne « terrain », de nos apéros de campagne et autres moments de partage, loin de se laisser abattre, nous nous sommes réinventés pour partir à la rencontre des confrères avec nos mots d’ordre #RebondirDefendreConquérir. Je ne pensais pas que ce slogan de campagne donnerait le ton de toute ma présidence…
 
Chaque UJA a fait un travail extraordinaire pour défendre nos valeurs et mener une campagne de proximité en plein confinement. Une nouvelle fois, je vous le dis. Sans vous, nous ne pouvions rien faire, sans vous, nous n’avions pas de relai. Vous avez fait campagne avec dynamisme et ferveur. Merci !
 
J’ai naturellement également une pensée pour nos 40 candidats, collèges Paris et Province. Je repense à la dream team qui se réunissait deux fois par semaine, à nos débats, à nos rires et vos encouragements… Vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte à ce moment, mais votre énergie m’a porté tout au long de cette campagne, effaçant tous les doutes perfides que le stress insinue parfois dans votre esprit.
 
La campagne n’a pas été simple, les attaques ciblées ont été très nombreuses. La FNUJA était visiblement la « bête » à abattre. Je n’ai laissé aucune attaque sans réponse. Nous sommes tous partis au front, pour défendre « notre » FNUJA, ses valeurs, peu importe que ce soit un samedi, un soir ou un jour férié. Pas de repos pour rétablir les positions de la FNUJA. Cela a d’ailleurs incontestablement participé à l’esprit de groupe qui nous a uni pendant cette période et a perduré tout le reste de l’année.
Alors, à nos détracteurs, je leur dirai de ne pas se frotter aux Jeunes Avocats, ils sont prêts à rugir !
 
Cette énergie, cette envie nous venait aussi du travail formidable accompli par les élus FNUJA de la mandature 2018-2020. Votre bilan est beaucoup trop important pour que je le reprenne de manière exhaustive. Aminata, Anne, Anne-Lise, Ange, Marie-Hélène, Sandrine, Matthieu, Thomas, Vincent, Arnaud, Jean-Laurent, sans oublier… Camille, Stéphane et Richard. Un grand merci à vous.
 
Les résultats des élections n’ont peut être pas été à la hauteur de ce que l’on espérait, mais, avec le recul que nous permet ces premiers mois de nouvelle mandature, il n’est pas contesté que le sang 9 de la FNUJA travaille sans compter pour porter nos positions et contribuer à la construction de la profession de demain : Alexandra, Marion, Anne-Sophie, Stéphanie, Jean-Baptiste, Pierre, Charles-Edouard, Boris, vous avez déjà su imposer votre « patte ». Je n’ai aucun doute sur le fait que vous – nous – porterons haut les couleurs de la FNUJA et saurons faire honneur à l’héritage de nos prédécesseurs.
 
Nous aurons encore de nombreux combats à mener et notamment, en matière de gouvernance du CNB, alors que la question du « toilettage » de son règlement intérieur revient. La FNUJA attend toujours que les propositions des EGAPA plébiscitées par la profession soient soumises à l’assemblée générale. Ne serait-il pas temps, Monsieur le Président, de les mettre à l’ordre du jour ?
 
Année militante jusqu’au bout… hier encore nous communiquions pour dénoncer les pratiques de certains bureaux d’aides juridictionnelles qui refusent l’octroi de l’aide sous couvert de l’application du décret du 28 décembre 2020.
 
 
  1. Le projet de loi confiance dans les institutions judiciaires
 
On m’avait dit : « tu verras, après les élections, le plus gros est passé ». Euh… Les anciens présidents se seraient trompés (ce qui n’arrivent jamais, ce sont des anciens présidents).
C’était sans compter sur les ambitions de la Chancellerie et son avant-projet puis projet de loi confiance dans les institutions judiciaires.
 
Redonner confiance dans les institutions judiciaires. Nous ne pouvons qu’adhérer au principe même. Toutefois, ce texte n’est pas à la hauteur des ambitions du gouvernement, empilant les propositions sans grande cohérence entre elles. En que dire de l’annonce, a posteriori, d’États généraux de la Justice ? La méthode est étrange… Cette grande concertation n’aurait-elle pas dû intervenir en amont, pour préparer ce projet de loi ? Ne cherchons pas à comprendre…
 
Certaines dispositions du projet de loi constituent des avancées. En revanche, d’autres sont particulièrement critiquables en ce qu’elles auront pour effet d’éloigner plus encore les différents acteurs de la Justice de l’institution.
 
Dans le cadre de son audition par la commission Mazars, la FNUJA a pu faire part de ses nombreuses inquiétudes et alerter sur la création des cours criminelles départementales, sur l’absence de garanties suffisantes pour l’enregistrement et la diffusion des audiences, mais aussi de ses regrets de ne pas avoir été plus loin dans la réforme de l’enquête préliminaire et dans la protection du secret professionnel, uniquement apprécié du point de vue des droits de la défense.
 
La Commission pénale de la FNUJA s’est mobilisée tout au long de l’année pour nous soumettre des analyses et des rapports de grande qualité parfois dans des délais extrêmement courts. Quelle fierté de voir la qualité de nos interventions devant la Commission Mazars, grâce à vos travaux préparatoires. Je crains que vous soyez encore très sollicités… la rançon de la gloire, que voulez-vous…
 
Assurément, ce fut une année sous le signe de la justice (ou de l’injustice) pénale.
 
Et que dire, de la grande oubliée de ce projet mais aussi plus généralement des projets de la chancellerie cette année : la justice civile ? Espérons que les États Généraux de la Justice seront l’occasion de la remettre dans les débats.
 
 
  1. Une année « extra » ordinaire
 
Comme vous le savez, il s’agit de mon discours de fin de présidence, alors, je vais me permettre de vous partager mon regard sur cette année qui vient de s’écouler. Certains trouvent notre mandat d’un an très court. Je n’ai eu que onze mois et pourtant, mon année a été d’une intensité hors norme.
 
Je qualifierai même l’année qui vient de passer d’ « extra » ordinaire.

 

Cette année fut dématérialisée, confinée, masquée, testée… Cette année nous a obligés à nous réinventer.
 
Je pense avoir donné sans compter. Mais vous m’avez offert tellement plus… Vous, les UJA qui êtes toujours restées mobilisées et n’avaient jamais délaissé les comités dématérialisés. Si parfois, la fatigue, le stress, la peur me prenaient, votre énergie, votre soutien, vos encouragements m’ont permis de me dépasser.
 
Je vous ai toujours dit que j’étais à votre service. Je pense avoir respecté mon engagement.
 
J’ai eu à cœur de toujours défendre les intérêts de la FNUJA et de porter ses positions, sans aucun compromis. Comme on a pu me le dire, il n’y a pas si longtemps, quand je ne suis pas contente, je le dis, je l’écris même…
 
Vous êtes une force, vous êtes l’avenir. Ne renoncez jamais ! Rugissez !
 
A année « extra » ordinaire, congrès hors norme.
 
Le congrès a débuté cette année dès lundi par trois parcours de formation dématérialisée s’étalant sur trois jours : installation, droit des mineurs, déontologie. Je remercie tous les intervenants sans qui ces parcours n’auraient pas été possibles : Pierre Reine, Jérôme Goutille et Nadine Serre de l’ANAFAGC pour l’installation, Roland Rodriguez, Lucie Teynié, Vincent Pénard et David Tramier pour le parcours déontologie, et Carine Monzat, Anaïs Fuch, Stéphanie Balespouey, Louise Hubert, Annabel Marie, pour le parcours mineurs.
 
Un nouveau guide de la collection pénale a également vu le jour : le guide de la comparution immédiate. Quel travail !
 
Notre Assemblée générale va s’étaler sur deux jours pour prendre le temps des échanges, des débats, qui seront peut-être « vifs » sur certains sujets mais surtout prendre le temps de se retrouver et d’apprécier ce moment ensemble.
 
Malgré le contexte sanitaire et les protocoles encore stricts, l’UJA de Lyon nous a convaincu d’organiser ce Congrès dans les conditions les plus « habituelles » possibles. L’UJA de Lyon a déployé une énergie incroyable pour nous offrir ce moment de partage et de travail tant attendu. Malgré les déconvenues de dernières minutes, vous nous offrez un moment mémorable. Achille, Sandrine, Ludivine, Florian, Sylvaine, Jean-Baptiste, Sandrine, Laura, Mathilde, un grand merci !
 
Et j’ai bien évidemment une pensée particulière pour l’UJA de Guadeloupe et sa Présidente, Sandra Diviallé, présente parmi nous et qui ont dû renoncer, pour la deuxième année consécutive, à organiser le Congrès de la FNUJA. Une fois encore, les conditions sanitaires ne nous ont pas permis de venir. Je le regrette profondément. Mais nous restons tournés vers vous : une motion sur les difficultés des avocats ultra-marins sera soumise au vote de notre Assemblée générale.
 
Congrès hors norme par les émotions qu’il nous fait vivre. Preuve en est, la joie, l‘excitation même que nous avons tous exprimé en nous retrouvant. Et ce n’est pas fini.
 
 
  1. Epilogue
 
Mais en parlant de fin, il faut se résigner. En début de discours, je vous parlais d’ouverture. Il est presque temps de refermer ce livre commencé il y a six ans, à mon entrée au bureau de la FNUJA.
 
Six ans… je ne pensais pas que la FNUJA m’apporterait autant. J’entrai pour prolonger mon engagement syndical, j’en ressors en ayant vécu une expérience humaine incomparable. Des liens forts se sont créés. Voilà que défile dans ma tête ces visages amis.
 
Je pourrai presque dire un mot pour chacun d’entre vous. Vous m’excuserez de limiter mon intervention déjà trop longue.
 
Bien évidemment, je pense à Matthieu Dulucq, Président lorsque j’intégrai le bureau.
 
A Sandrine Vara, que je rencontrai alors et qui aurait pu, dans une autre vie être mon binôme. Ton départ du bureau n’a en rien ébranlé notre amitié. Tu m’offres avec ton UJA, un cadeau extraordinaire. Tu as tout d’une grande.
 
A Alexandra Boisramé, qui est toujours disponible (surtout quand elle est dans sa voiture). Merci pour ton extrême bienveillance, tes conseils et tes encouragements. Merci aussi pour nos fous rires. Te proposer d’être tête de liste CNB était une évidence, toi qui a toujours à cœur de défendre les positions de la FNUJA.
 
A Jean-Baptiste Blanc, mon prédécesseur. Notre binôme, ta confiance tout au long de ta présidence m’ont immanquablement préparé. Oui, nous avions affronté une année compliquée. J’avoue que l’année qui vient de passer n’a pas été mal non plus.
 
En balayant l’assemblée, je croise les regards bienveillants des anciens présidents qui me font le grand plaisir d’être là. Sachez que je suis très touchée de votre présence.
 
Merci à mon UJA, présente en nombre aujourd’hui. Vous m’avez fait l’honneur de m’accorder votre confiance pendant plusieurs années pour me permettre de vivre cette expérience incroyable.
 
Je pense aussi à ceux que j’ai moins vu pendant ces six ans : à mes amis, à ma famille… A mes enfants, qui ont maintes fois considéré que Maman avait beaucoup trop souvent de réunion le samedi matin… A celui qui « assure » à la maison, qui a compris mon engagement et m’a toujours soutenu. A celui qui de loin est toujours prêt de moi.
 
A mon cabinet. Leila, comme tu l’as si bien dit à notre équipe l’autre jour : je reviens à partir de lundi ! Sans toi dans les coulisses et notre équipe, je n’aurai pas pu m’investir comme je l’ai fait. Merci à vous tous.
 
Entamons donc l’épilogue… il est temps de parler de ceux qui m’ont accompagné et soutenu pendant cette année : les membres de mon bureau.
 
Mon seul vrai regret dans cette année vous concerne : comme je regrette de ne pas avoir réussi à plus vous voir, autrement que derrière mon écran, lorsque la connexion voulait bien fonctionner. Pour autant, je pense que nous avons réussi à créer un réel esprit d’équipe. Et c’est déjà beaucoup.
 
Vous m’avez toujours suivi, même lorsque je vous ai fait faire du vélo sur une Ile en Bretagne ou une grande marche dans la neige dans ses Pyrénées catalanes que j’aime tant. Votre soutien – même à distance - a été très précieux.
 
Camille : Tu as apporté le soleil du Roussillon au sein du bureau. Tu es solaire. Tu n’as pas eu besoin de temps pour prendre tes marques. Tu t’es immédiatement investie dans les missions du bureau. Ton énergie, ton enthousiasme, ta pugnacité nous ont été très précieux au cours de cette année. Merci !
 
Niels : Toi non plus tu n’as pas attendu pour t’imposer au sein du bureau. Tu as immédiatement souhaité apporter ta contribution à la campagne CNB. C’est ton côté « design ». Force de proposition, tu fourmilles d’idées. Ta fraicheur insulaire a fait du bien au bureau. Merci
 
Nejma : On m’avait dit quand tu es entrée au bureau que tu étais un fort caractère et qu’il faudrait peut-être te contenir. Alors, oui, tu es une « grande gueule », tu exprimes de manière très cash ton désaccord. Mais je pense que nous avons réussi à nous comprendre et à nous entendre. Il faut juste réussir à percer ta carapace.
 
Caroline : Tu as d’abord été une +1. Mais en réalité, tu es juste le « + » de ce bureau. Tu es une femme de l’ombre. Tu œuvres en silence, sans jamais ramener à toi ce que tu fais. Et pourtant, tu as tellement fait. Élément fédérateur au sein du bureau. Les années passées au bureau ensemble nous ont énormément rapprochées et ta présence à mes côtés, pour cette année supplémentaire, était rassurante, apaisante. Nous quitterons le bureau presque en même temps. Mais je sais que notre amitié perdurera. Alors à très très vite !
 
Sonia : Quelle année ! Tu es un trésor, ma trésorière. Comparses de CNBF, j’avais été ravie lorsque tu m’annonçais, l’année dernière que tu souhaitais intégrer mon bureau. Tu es un peu le couteau suisse, version hyper speed du bureau de la fédé : trésorière, tu as géré le dossier de la représentativité, référente bureau de la commission protection sociale et de la commission pénale (et c’est peut dire en cette année). Tu as accompli au travail colossal. Ton énergie, ta sensibilité, ton autorité aussi, font de toi un élément indispensable d’un bureau fédé.
 
Ange-Aurore : Cette année a été un rendez-vous manqué. Comme je regrette que nous n’ayons pas réussi à nous voir plus. Mais la distance n’a pas fait son œuvre et nous aurons, j’en suis sûre, d’autres occasions pour rattraper le temps. Tu as toujours eu une position avisée, une vision entrepreneuriale de la profession, et cela a été précieux au sein du bureau. Tu as tellement donné à la FNUJA. Merci
 
Boris : Tu es le porte-drapeau, le porte-voix de la fédé. Il est loin le temps où tu arrivais en short et espadrilles à l’ouverture solennelle du congrès. Depuis, tu as su revêtir le costume.
Homme de conviction, homme de combat, tu as établi un vrai lien avec les UJA.
Soutien indéfectible, tu n’as pour autant jamais hésité à me faire part de tes positions, tes étonnements voire tes désaccords... et je t’en remercie.
Je sais que ton parcours au sein de la fédé n'est pas terminé, même s’il n'est peut-être pas celui qui tu attendais. Garde cette belle énergie.
 
Simon : Nous avons le même sens de la vie. Il y a des mots que nous n’exprimerons jamais. Mais nous nous comprenons d’un simple regard qui dit tellement plus. Dans quelle aventure t’ai-je embarqué cette année ? Quelle belle équipe nous avons formé. Merci pour cette année. Tu as été un soutien indéfectible. Tu as su me rassurer quand je doutais, me tempérer quand je bouillais, prendre mon relai quand c’était nécessaire. Tu es prêt, c’est certain. Je te souhaite simplement une année « normale ». Demain, je te laisserai les clés de la « fnuja » comme tu l’appelles, et je suis très heureuse pour toi et pour notre syndicat.
 
 
Çà y est. Je referme le livre. Partagée entre l’excitation du dénouement de cette très belle histoire et ce pincement au cœur d’avoir déjà fini. Un peu désorientée mais déjà motivée pour entamer le prochain tome de la saga FNUJA.
 
Alors, en mot de fin, comme une conclusion, je veux l’affirmer haut et fort : Lyon et ça repart !
 

Axel Calvet