Entretien avec Aminata Niakate - Propos recueillis par Laurence Garnerie. Gazette du Palais

Vendredi 18 Mai 2018

Présidente de la commission Égalité du Conseil national des barreaux, Aminata Niakate vient aussi d’être élue présidente de la Fédération nationale des unions des jeunes avocats (FNUJA). Elle nous présente les grandes lignes de ses projets pour le syndicat et pour l’institution.


Aminata Niakate, Présidente de la FNUJA
Aminata Niakate, Présidente de la FNUJA

Gaz. Pal. :

Le Congrès de la FNUJA s’est déroulé du 9 au 13 mai derniers à Bayonne. Quel bilan en tirez-vous ?
 

Aminata Niakate :

Ce fut un congrès mémorable où la convivialité fut à l’honneur grâce à l’incroyable accueil de l’UJA de Bayonne et où les jeunes avocats se sont montrés, par les motions qu’ils ont prises, audacieux, responsables, solidaires et progressistes, à l’image du mandat d’Alexandra Boisramé, notre présidente sortante. Nous avons pris position relativement à la libre communication des avocats : nous sommes favorables à la mention sur tout support (site internet, plaque, vitrine ou carte de visite…) des domaines d’activité pratiqués par les confrères, tant que cette information est loyale et sincère et qu’il n’est pas créé de confusion avec la spécialisation. Par nos motions, nous avons aussi exhorté nos institutions représentatives à prendre des mesures fortes pour parvenir à l’égalité réelle au sein de la profession, notamment en intégrant au RIN un « principe d’égalité ». Nous avons fustigé la déshumanisation de la justice pénale et exprimé notre soutien aux avocats en danger dans le monde. Nous avons aussi exprimé un point de vue extrêmement mitigé sur la réforme relative à l’instauration d’un revenu de remplacement pour les indépendants et exigé de la direction de la CNBF une gestion responsable de notre caisse. La commission Installation et association de la FNUJA, sous la direction de Catheline Modat, notre vice-présidente, a également présenté son nouveau guide de l’installation et de l’association.

Avec mon nouveau premier vice-président, Jean-Baptiste Blanc, nous avons une belle feuille de route pour la mandature qui s’annonce !

 

Gaz. Pal. :

Lors de ce congrès, vous avez en effet été élue présidente de la FNUJA. Quelles sont les priorités de votre mandat ?
 

A. Niakate :

Je me suis tout d’abord engagée à être à l’écoute des besoins et des propositions des UJA membres de la FNUJA. Les jeunes avocats ont toujours utilisé leur liberté de parole pour défendre les libertés et droits fondamentaux. Ils ont aussi la solidarité chevillée au cœur. J’aspire à œuvrer en ce sens.

Je souhaite ensuite poursuivre la promotion de l’égalité au sein de la profession. La FNUJA vient de publier une enquête sur les discriminations avec le Défenseur des droits (Gaz. Pal. 15 mai 2018, n° 322s5, p. 5). Le sujet est pleinement d’actualité. Afin de sensibiliser et former à l’égalité tous les avocats de France, je souhaite créer une « caravane de l’égalité », pour reprendre le modèle de notre formation itinérante sur l’installation, la médiation et le numérique.

Je voudrais également axer mon mandat sur l’international. La FNUJA travaille beaucoup avec la Conférence internationale des barreaux (CIB) jeune et a participé aux États généraux du jeune avocat francophone à Yaoundé les 16, 17 et 18 avril derniers. Nous avons pu constater que de nombreux confrères se trouvaient dans des situations précaires, comme cet avocat-stagiaire en RDC qui en est à sa 8e année de stage et qui ne sait pas s’il va pouvoir prêter serment cette année ! À l’inverse, nous avons beaucoup à apprendre de certains pays. Au Rwanda par exemple, tout est déjà dématérialisé, en termes de saisine des juridictions ! Ces états généraux ont été émaillés d’ateliers sur l’avocat citoyen, la défense pénale ou encore les nouvelles technologies. Leurs travaux vont donner lieu à des résolutions qui seront proposées lors du 33congrès de la CIB qui se déroulera du 5 au 8 décembre 2018 à Lausanne. Il y aura un engagement fort de la part des barreaux et c’est quelque chose que j’aimerais accompagner.

Par ailleurs, le numérique reste un enjeu majeur. La commission Numérique de la FNUJA a mis en place une caravane du numérique l’an dernier et l’une de nos élues, Sandrine Vara, préside la commission Numérique au CNB. La FNUJA restera mobilisée et force de proposition en la matière.

Nous sommes aussi entreprenants, et avec Thomas Charat à la tête de la Commission Droit et entreprise du CNB, nous continuerons de l’être.

Et enfin, nous serons attentifs à la situation des collaborateurs, et cela d’autant plus aisé que nous présidons aussi la commission Collaboration du CNB, animée par Anne-Lise Lebreton.

 

Gaz. Pal. :

Vous-même présidez la commission Égalité du CNB. Quel prolongement l’action en faveur de l’égalité de la FNUJA va-t-elle trouver au sein de l’institution ?
 

A. Niakate :

Le Défenseur des droits a présenté l’enquête sur les discriminations lors de l’assemblée générale du 5 mai dernier. C’est une première étape. Bien entendu, notre commission souhaiterait pouvoir faire inscrire le principe d’égalité dans le RIN, comme l’a fait le barreau de Paris. Mais cela n’a pas encore été soumis à l’assemblée générale du CNB. Je souhaite également que le CNB lance une grande campagne de sensibilisation à l’égalité, des formations tant à destination des élèves-avocats que des confrères, et enfin que les bâtonniers jouent leur rôle et sanctionnent de manière réelle et effective les situations de discriminations. Je souhaite également que ces sanctions soient publiées, en particulier dans les situations où ces manquements sont régulièrement répétés par leurs auteurs.

Au sein de la commission Égalité, nous réfléchissons également à la question de l’égalité en matière de rémunération et d’accès à l’association. Nous savons que la gouvernance par les femmes est accessible dans la profession, mais cela est beaucoup plus complexe au sein des cabinets car on parle de participation au capital. La problématique n’est donc pas la même que dans les entreprises : certes des quotas dans les conseils d’administration ont été mis en place, mais une entreprise n’est pas obligée de voir par exemple 30 % de son capital détenu par des femmes ! Nous continuons à réfléchir à des solutions.


https://www.gazette-du-palais.fr/article/GPL322y5/

 


Aminata Niakate